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Crayon, plume, feutre, bic etc… des Nus

En 2004, j’ai voulu enfin dessiner du nu, d’après modèle vivant. Et j’ai voulu d’emblée un dessin de nu rapide, vivant, pour capter l’instant. Ne pas s’attarder et conceptualiser. Faire le vide, et laisser le visible m’agir, et voir ces traces advenir. Je venais de découvrir la peinture « T’chan » (chinoise) ou « Sumie » (japonaise), peinture magique (nerveuse, vivante, ou l’auteur, le « sujet agissant » disparaît), héritée de la calligraphie chinoise ou japonaise, et sans doute coréenne aussi. Il n’y a qu’à voir ce film coréen de 2002 : « Ivre de femmes et de peinture » écrit et réalisé par  Im Kwon-taek

https://fr.wikipedia.org/wiki/Ivre_de_femmes_et_de_peinture

Je retiens de cette découverte, l’oeuvre très émouvante de Xu Wei, https://fr.wikipedia.org/wiki/Xu_Wei peintre chinois du 16°siècle. Essayez de trouver la traduction de ce poème, « les pampres »…https://fr.wikipedia.org/wiki/Xu_Wei#/media/File:Xu_Wei_Grapes.jpg

Le dessin de nu est peut-être le registre le plus exigeant, après le portrait. Le corps humain, est ce que l’on connaît le mieux (et pourtant « l’autre » reste un mystère). La nudité, l’altérité, le corps isolé, sans fard fascine. Sans fard fascine… Parfois aussi les mots dessinent !

Et depuis bientôt 15 ans, j’organise des séances dans mon atelier, à Strasbourg. Nous sommes en général une dizaine de fidèles, environ une dizaine de fois par an. Mais parfois la beauté, la grâce lassent. Et les poses les plus belles, sont je trouve les plus naturelles. La pose absolue, sublime, rare serait, après une longue marche dans la forêt, on approche d’un torrent, et là, une naïade, un apollon, une nymphe, un éphèbe, qui ne se sait pas vu. Mais oui Laurent, tu rêves. C’est l’autre vraiment nu, qui ne pose pas. Sorte de vérité supérieure. Figurez-vous, cher lecteur (je n’ai pas encore trouvé le protocole, les modalités du verbe ici, dans ce monde du net, ce néo-féodalisme à bien des égards), figurez-vous donc que parfois, après une heure de pose, on propose une pause au modèle. Il ou elle alors, reçoit le verre qui lui est tendu, et ne pose plus. C’est souvent la plus belle pose. Paradoxe.

Mais cela tient aussi à ce que pour moi, l’image de l’autre, est plus belle, plus vraie, plus forte quand elle est volée. Mon téléphone, mis sur « caméra » peut en témoigner. Je vole beaucoup. On appelle ça du voyeurisme, je sais. Le regardeur, le regardant, le regardé. Et l’exhibition. Le plus beau modèle aime se montrer bien-sûr.

Je vous propose ici quelques dessins récents. J’aime aussi la vitesse, « plus belle, plus vraie, plus forte ». En 2 heures de pose, je dessine entre 15 et 20 nus… Parfois je prends plus de temps, c’est presque toujours beaucoup moins bon. Alors je jette. Comme pour tout art, le jugement est primordial, savoir zapper l’accessoire, ou le seulement sensationnel…

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2 thoughts

  • Bravo !
    Juste quelques traits … et les voilà vivantes … et incarnées.
    Un vrai moment de bonheur.

    Peut-être reviendrais-je, dès que ma vie strasbourgeoise sera réorganisée.
    Bonne continuation,
    Dominique-Anne
    P.S. Lire « Si près, tout autre – De l’écart et de la rencontre » de François Jullien – Grasset – 2018

    • Organiser nos vies ! ça a dû être plus simple en d’autres époques… et plus dangereux aussi (« tu feras attention aux loups dans la forêt ! »)… ces ateliers de nu, 15 ans déjà… je pourrais en parler des heures… tant c’est ?… riche… et mystérieux aussi…

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