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Aimer la couleur, finir les feutres

Dessiner, dés l’enfance, c’est se délecter des formes et des couleurs, opulentes comme des bonbons, ou des fleurs, capiteuses… Oh le beau rouge ! vert… bleu… On aimerait que la liste des couleurs soit sans fin. C’est cette illusion que nourrit la boite de feutre, mais à force de les sucer, ces feutres, certains se tarissent en premier, plus de ciel, plus de bleu… comment faire un ciel sans bleu ?… Dessiner autre chose alors. Les causes et les effets se mordent la queue – je vais faire un dessin, avec les feutres qui restent – et si je peux, te prendre le bleu ?… un coin de ciel, pour mes ocelles.

Finir les feutres, c’est conduire, caresser l’envie du dessin, ce besoin compulsif de recouvrir une feuille, même un écran d’ailleurs. Buriner, gratter, lustrer, tanner. Frotter la feuille jusqu’à la limite, rédhibitoire, le trou, la déchirure… Pousser le support à sa limite, et finir les feutres. Comme le premier chasseur-cueilleur, qui a patiemment glané des baies (rouges !), aucune ne doit se perdre, chacune est toutes les autres. Du dernier feutre, tirer le suc de couleur, le dernier trait, point… participe à l’expression, sous ses doigts qui expriment la couleur du petit bâton…

Mais s’il faut éviter de déchirer le papier, il faut aussi endiguer l’inexorable boue brune qui recouvre le support, à force de couleur… Comme la dernière petite framboise, arrachée dans la course, la fuite devant le loup, sauver la petite tache de couleur. Cela fait 35 000 ans au moins que l’humain gratte des supports, pour dessiner, tracer son désir, de tracer.

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